Marcellin Jamot août 1944



Marcellin Jamot,

soldat de la 2ème division blindée

(1921-1998)




Marcellin Jamot est né à Ahun (Creuse) le 22 mai 1921 de Georges Jamot, receveur des postes, et de Yvonne Foussat. Après des études à l'école d'application des travaux publics d'Egletons (Corrèze), il rentre le 15 novembre 1939 comme conducteur de travaux adjoint à la société de constructions électriques Forclum. Il est appelé au chantier de jeunesse de Montmarault (Allier) (groupement 39 de Foucauld) où il reste du 5 novembre 1941 au 30 juin 1942 puis réintègre la société Forclum.

Fin février 1943, il reçoit à Pleaux (Cantal) où il travaille un ordre de réquisition pour le service du travail obligatoire en Allemagne. Il décide de ne pas répondre à cet ordre et part avec un camarade le 4 mars vers l'Espagne. Hébergé chez des amis à Oloron-Sainte-Marie (Pyrénées-Atlantiques), il part le soir du 16 mars  avec un groupe de 5 personnes conduit par un guide vers une maison de montagne qu'il atteint à l'aube du 17 mars. Rejoint par 18 camarades, le groupe repart à l'aube du 18 mars et  effectue le trajet dans la neige avant de passer la frontière à 11 heures non loin de la Pierre-Saint-Martin entre le pic d'Arlas et le pic d'Anie. Le groupe s'arrête à 15 h 30  dans une grange au village de La Venta de Arraco pour se reposer et il est arrêté à 19h30 par les carabiniers espagnols.

Conduit à la ville d'Isaba, le groupe est ensuite emmené en autocar à la prison provinciale de Pampelune où il est incarcéré le soir du 19 mars. Marcellin Jamot y reste environ 4 mois puis est transféré à la prison centrale de Totana le 14 juillet 1943. Le 16 octobre 1943, il est libéré dans le cadre d'un échange entre l'Angleterre et l'Espagne de denrées alimentaires contre des prisonniers. Le 17 octobre, il part à Malaga et le 21 octobre à Gibraltar où il embarque sur le bateau « Sidi Brahim ». Il débarque le 23 octobre à Casablanca où, dans le camp militaire de Medionna, il contracte le 30 octobre un engagement pour la durée de la guerre dans la 2ème division blindée commandée par le général Leclerc. Il est affecté au 1er régiment de marche de spahis marocains commandé par le colonel Rémy, 5ème escadron commandé par le capitaine Troquereau (matricule 1024, classe 1941, recrutement Casablanca). Il devient conducteur d'une automitrailleuse M8 dans cette unité de reconnaissance dont les soldats se distinguent par des calots rouges.




insigne de la France Libre
                     insigne de la France Libre

insigne 2eme DB
                                insigne de la 2ème DB


insigne 1er RMSM
   
       insigne du 1er RMSM


L'unité fait mouvement vers l'Algérie le 11 avril 1944 et bivouaque à Hassi Ben Okba puis embarque à Oran sur le bateau « Black Eald » le 18 mai 1944. Elle arrive en baie d'Edimbourg le 7 juin, débarque à Hull le 10 juin puis stationne à Hornsea à partir du 11 juin 1944. Elle arrive à Southampton le 29 juillet, embarque le 3 août et débarque le 4 à Grandcamp-Maisy (Manche), commune située entre les plages d'Utah Beach et d'Omaha Beach . L'escadron est regroupé le 5 août à Lessay puis participe à la bataille de Normandie en passant à Laval le 9 août, Le Mans le 10 août, Alençon le 13 août, Argentan le 18 août. Il arrive à Rambouillet dans la nuit du 23 août et à Longjumeau le 24 août. Il entre dans Paris le matin du 25 août et fait partie du détachement d'honneur qui reçoit le général de Gaulle à l'hôtel de ville. Le 27 août, il se bat au Bourget puis du 28 août au 3 septembre y stationne au repos.



parcours de la 2eme DB en Normandie
 



Marcellin Jamot et son equipage d'automitrailleuse à Rozelieures (M et M) s

 Marcellin Jamot et son équipage d'automitrailleuse à Rozelieures (Meurthe-et-Moselle)

L'unité part le 8 septembre vers l'est en direction de Bar-sur-Aube et participe à la bataille des Vosges où de durs combats ont lieu à Dompaire le 13 septembre. Fin septembre, le commandement allié décide d'arrêter l'offensive et de stabiliser la situation. Pendant un mois, le général Leclerc réorganise sa division, recherche des renseignements notamment grâce à des contacts avec la Résistance, et étudie les positions de l'ennemi. L'offensive reprend le 31 octobre par l'attaque de Baccarat, ville solidement tenue par les allemands, qui est prise après un intense bombardement. Puis les prises de Badonviller le 17 novembre et de Cirey-sur-Vezouze le 18 novembre ouvrent la route de Strasbourg.
Marcellin Jamot et son automitrailleuse
                                                                                                                                              Marcellin Jamot et son automitrailleuse


L'unité entre en Alsace. Saverne est prise le 22 novembre et Strasbourg est libérée le 23 novembre. La 2ème DB prend la direction du sud pour faire la jonction avec la 1ère armée française du général de Lattre de Tassigny qui a libéré Mulhouse le même 23 novembre. A Gerstheim le soir du 4 décembre, l'explosion d'une bombe lors d'une attaque aérienne projette Marcellin Jamot dans un champ voisin sur la lame d'une faucheuse, alors qu'il sortait de son véhicule, et il est blessé au ventre. Il est évacué sur l'hôpital américain de Saint-Dié puis sur l'hôpital du Val-de-Grâce à Paris. Il en sort le 28 décembre et bénéficie d'un congé de convalescence de 2 mois.

Il rejoint le 1er RMSM le 8 mars 1945 et participe à la réduction des poches allemandes sur l'Atlantique, notamment à la libération de Royan le 15 avril. Il est de nouveau blessé à la face avec une plaie profonde au nez, qui est fracturé, mais n'est pas évacué. Avec son unité, il remonte vers l'Allemagne, passe la frontière le 30 avril et participe à la prise du « nid d'aigle » d'Hitler à Berchtesgaden le 5 mai, qui sera son dernier combat. L'unité revient en France le 25 mai et Marcellin Jamot est démobilisé le 15 octobre 1945.

Il reprend son emploi de conducteur de travaux à la société Forclum le 28 novembre 1945, se marie à Sardent (Creuse) le 21 septembre 1946 à Fernande Guillon, avec laquelle il a 2 enfants, Francis né en 1949 et Martine née en 1952. En juillet 1949, il change d'entreprise et rentre à la société de travaux publics Lantrua et Olivier à Bort-les-Orgues (Corrèze) pour le compte de laquelle il participe aux travaux de construction du barrage de Bort et de celui de Vaussaire (Cantal). Il dirige des travaux routiers et part en Turquie diriger la construction de dépôts d'hydocarbures à  Antalya . En 1960, il rentre à l'entreprise de travaux publics Leclerc de Clermont-Ferrand pour le compte de laquelle il exécute des travaux routiers, des travaux de remembrement, des travaux d'exploitation de carrières, puis pendant ses 10 dernières années d'activité, des travaux de levage, de grosse manutention, de déménagement d'usines. Marcellin Jamot prend sa retraite en 1981 et meurt le 21 février 1998 à Clermont-Ferrand des suites d'une opération cardiaque.

ses décorations :
 
La croix de chevalier de l'ordre de la Légion d'honneur est remise à Marcellin Jamot, au cours d'une cérémonie tenue le 8 mai 1986 à La Souterraine (Creuse), par son père Georges, lui-même aussi chevalier, ancien combattant de la guerre 1914-1918 et invalide de guerre, ayant perdu un œil à Verdun en décembre 1916 par un éclat d'obus.
  
Il a également reçu la médaille militaire, la croix de guerre 1939-1945 avec étoile de bronze, la médaille d'internement pour faits de résistance, la croix du combattant volontaire 1939-1945, la croix du combattant volontaire de la Résistance, la médaille des évadés, la médaille des blessés, la presidential unit citation (distinction américaine accordée à la 2ème DB pour les opérations du 16 au 24 novembre 1944, notamment la libération de Strasbourg, et considérée comme une décoration personnelle pour ceux ayant participé aux actions faisant l'objet de la citation).
      
Le 1er RMSM est l'une des 18 unités militaires compagnons de la Libération (10 de terre, 3 de mer, 5 de l'air).


        



    son automitrailleuse M8
(source: www.francaislibres.net)
M8 sur la plage d'Utah Beach
                                                                                                          sur la plage d'Utah Beach

Les Spahis l'appelèrent "automitrailleuse" comme celles qu'ils utilisaient auparavant, mais en fait, la M8 était une "autocanon". En 1941 l'Armée des Etats Unis commanda l'étude d'un engin blindé léger à roues comportant une tourelle dotée d'un canon de 37 mm pour en faire un antichar rapide. Avant juin 1942, un prototype 6 roues motrices fut choisi et a été nommé M8.

La M8 est entrée en service dans l'armée des USA au début de 1943 et a été largement employée par les unités de Cavalerie Mécanisées, remplaçant le vieillissant "Scout Car" M3A1. La Société Ford de St Paul, dans le Minnesota, construisit plus de 8 500 M8 entre 1942 et 1943. Un certain nombre furent destinées aux Anglais dans le cadre de la loi Prêt-Bail. Ce sont eux qui l'ont surnommée "Greyhound" (c'est une race de lévriers).

Les Spahis de la 2e DB Française ont été équipés de 68 M8 réparties entre 4 escadrons et de 4 M20 (la même caisse mais sans tourelle et sans canon) pour l'escadron hors rang. Un escadron de Fusiliers Marins de la 2e DB fut lui aussi équipé de 17 M8.





automitrailleuse M8

L'équipage de quatre hommes était constitué par :

le conducteur utilisant un volant classique à gauche du véhicule,

l'assistant conducteur et opérateur radio à droite,

dans la tourelle, le tireur qui était assis à gauche,

le chef du côté droit qui assurait aussi la fonction de chargeur du canon de 37mm.
  
    

La M8 était constituée d'une coque soudée d'une épaisseur moyenne de 19mm. Un canon de 37mm M6 (aussi employé sur le char léger Stuart) était monté sur la tourelle centrale ouverte. La M8 était capable de se déplacer à 90kmh sur de bonnes routes. La faible épaisseur du blindage, impérative pour atteindre cette vitesse, et le manque d'efficacité du canon contre les blindages allemands, faisait de la M8, un engin adapté uniquement aux missions de reconnaissance et d'escorte, soit les fonctions habituelles d'une automitrailleuse.

            
            coupe longitudinale M8
      

L'intérieur était peint en blanc, à part l'intérieur des volets de sortie qui étaient verts, comme les surfaces intérieures autour des têtes du conducteur et du radio.

Le moteur, un Hercule JXD à essence, 5 litres répartis sur six cylindres en ligne, développait 110 chevaux. Avec son faible taux de compression de 6,5 à 1, il était capable d'utiliser un carburant à bas taux d'octane. Un réservoir de 212 litres, auto-obturant comme sur les avions, lui donnait une autonomie de 560km. Chacun des trois ponts était actionné par des arbres séparés à partir de la boite de vitesse, la transmission avant pouvant être débrayée pour les longs trajets sur route. Des chaînes sur les roues s'avérèrent très utiles pour les déplacements en "tous terrains" boueux. La boite de vitesse était synchronisée et le changement de rapport pouvait se faire sans double débrayage alors que ce n'était pas le cas sur la plupart des autres véhicules. Elle disposait de 4 rapports en avant et 1 en arrière doublés par un sélecteur lent/rapide. Les Spahis regrettèrent l'inverseur de leurs anciennes Panhard du début de la guerre qui permettait de repartir en arrière à toute vitesse si le premier obus ennemi n'avait pas fait mouche.

Le fusilier marin Philippe de Gaulle propose toutefois une parade à ce problème dans son livre "Mémoires accessoires" :

A un kilomètre environ de Brethenay, vers la cote 296, nous stoppons pour observer les lisières du village sans rien y noter de suspect. Mon adjoint, Philipphidis, me propose de s'y rendre avec une Jeep blindée. Je me place à une centaine de mètres derrière pour l'appuyer avec ma M8, dénommée " Nid de pie ", et son canon de 37 mm. Cet engin à six roues est une mauvaise automitrailleuse faite pour les grands espaces du Texas ou de Libye. Elle est trop lourde en terrain humide et son rayon de giration, trop considérable, empêche de faire demi-tour sur la largeur d'une de nos routes françaises. Elle ne dispose pas du renversement de marche avant-arrière des anciens blindés français qui permet de se dégager rapidement si un antichar adverse se dévoile. Pour pallier ce défaut, il nous arrive souvent de retourner préalablement le véhicule, l'arrière vers l'ennemi. On peut marcher ainsi assez vite (dix à quinze kilomètres à l'heure) sur un kilomètre environ.


Philippe de Gaulle et sa M8

      

En plus du canon principal M6 de 37mm, il y avait une mitrailleuse M1919A4 calibre 30 (7,65mm) coaxiale et sur quelques-unes, une mitrailleuse M2 calibre 50 (12,7mm) pour la défense antiaérienne montée sur un support à l'arrière de la tourelle. Des modèles postérieurs reçurent un support amélioré en anneau pour le calibre 50 qui pouvait ainsi tourner autour de la tourelle. Le canon de 37mm était obsolète contre la plupart des blindés allemands, mais il était plus efficace contre les blindages japonais dans la région du Pacifique

Des coffres de rangement étaient intégrés dans les garde-boue. Toutefois, dans les conditions de combat, ces garde-boue ne restaient pas longtemps en place, car ils étaient facilement endommagés et enlevés. Il n'était pas inhabituel de voir une M8 aguerrie, quelque part en Europe, avec tous les garde-boue démontés.

L'équipage devait attacher ses sacs à l'extérieur du véhicule car il n'y avait pas beaucoup plus de place à l'intérieur que pour les 4 hommes d'équipage prévus dans une M8.


     




automitrailleuse M8



La tourelle était ouverte comme sur le chasseur de chars "Destroyer" des Fusiliers Marins de la DB (conçu à la même époque pour un but semblable). Elle permettait une meilleure vue pour l'équipage à la recherche des cibles ou manoeuvrant pour éviter la riposte. Un toit partiel fournissait une protection à l'avant et une toile goudronnée était prévue pour couvrir le reste de la tourelle en cas de mauvais temps, mais elle a été enlevée ensuite. Bien sûr, la tourelle pouvait recevoir une grenade à l'occasion.


Les écoutilles n'étaient pas étanches à l'eau, il n'y avait aucun joint en caoutchouc et lors d'une averse, l'eau coulait sur le dos du conducteur. Avec le manque de couverture pour la tourelle et le médiocre système de chauffage, ce furent des conditions difficiles pour se battre sous la pluie et la neige de l'hiver 44/45.


dessous automitrailleuse M8

données techniques:

Poids : 7,5.Tonnes
Longueur : 5.mètres.
Largeur : 2,55.mètres
Hauteur : 2.mètres
Vitesse maximale : 90.km/h.
Rayon de braquage : 8,5.mètres.
Pente maximale : 60.%
Armement :
- canon 37mm M6
- mitrailleuse 7,65mm M1919A4
- mitrailleuse 12,7mm M2



maquette automitrailleuse M8
maquette de l'automitrailleuse M8